Les raisons du Oui

L’initiative suisse du 9 février 2014 contre l’immigration de masse a été accepté à une très faible majorité, 50.3%, ce qui n’a pas manqué de frustrer les partisans du non, le président de la Confédération Didier Burkhalter compris. Mais au delà du faible écart qui a fait pencher la balance, interrogeons-nous sur les raisons qui ont mené à ce résultat. En effet, jusqu’à quelques semaines avant les votations, les sondages pronostiquaient un non majoritaire, et c’était l’issue attendue par tout le monde, y compris parmi les initiants, qui ont exprimé leur joie mais aussi une légère surprise à l’annonce des résultats. Dimanche soir, personne ne se risquait vraiment à l’analyse, mais le lendemain du vote les premières réactions et tentatives d’explications se font entendre. Simonetta Sommaruga évoque un vote de défiance envers les autorités politiques, traduction d’un malaise de la population au sujet de la croissance de la population étrangère en Suisse (actuellement 80’000 immigrants par année), malaise dont le gouvernement ne se serait pas rendu compte. C’est une idée assez répandue parmi les citoyens suisses, ayant même poussé certains à voter oui sans grande conviction mais plutôt pour tirer la sonnette d’alarme (action parfois regrettée à la vue du résultat). Mais passé ce point, le flou s’installe. A l’heure de la lecture et de l’analyse de la carte géographique des résultats, les paradoxes s’enchaînent et vont à l’encontre des arguments que l’on donnait de part et d’autre quelques jours en arrière. On perçoit un clivage Romandie/Suisse-allemande typique d’une votation sur un thème lié aux étrangers, mais il n’offre aucune réponse. Le clivage ville campagne, qu’on attendait comme raison principale pour l’analyse des résultats montre l’exact inverse. Premier exemple, les travailleurs frontaliers. Alors que les communes en accueillant le plus sembleraient être les premières à en subir les conséquences et donc à accepter l’initiative, on observe (à quelques exceptions près, notamment le Tessin) l’effet contraire. Il en va de même pour tous les autres arguments portant sur la proximité directe avec les étrangers, bouchons sur les autoroutes, trains bondés, etc. Martin Grandjean, chercheur à l’Université de Lausanne, publie sur son blog un graphique mettant en relation le vote par canton et le pourcentage de population, et les résultats sont clairs : plus on est confronté aux étrangers, plus on refuse l’initiative. A l’exception du Tessin et de Schaffhouse, tous les cantons qui ont voté majoritairement oui ont un pourcentage de population étrangère inférieur à la moyenne suisse. Pas étonnant de lors que les analystes soient confus. Le clivage ville-campagne est vraiment marqué, même au sein de la Suisse-Allemande, où la carte nous montre une plaine verte parsemée d’îlots rouge. Citons l’exemple de Berne : le canton dit oui à 51%, la ville à 27%. Malgré tout une autre piste reste possible, stipulant que c’est justement parce que certaines parties plus rurales de la Suisse ne voient pas les bienfaits directs d’une économie globale, ce dont bénéficient les zones urbaines. Une autre vision de l’économie suisse et des perspectives d’avenir viendrait donc expliquer ces différences. D’autres arguments sont mis sur la table, sans que partisans et opposants n’arrivent à se mettre d’accord sur leur validité, leur importance dans le résultat. Le dumping salarial, par exemple, inexistant chez certains, prépondérant chez d’autres, la question fait s’échauffer les esprits lors des débats. Bien qu’à entendre les patrons et travailleurs des régions concernées, il semblerait que la situation varie énormément en fonction du secteur de travail. Certains engagerait de la main-d’œuvre à l’étranger pour diminuer les coûts, d’autres sont en pénurie d’employés suisses, comme c’est le cas dans le domaine médical, selon un directeur d’EMS genevois. La crainte du chômage, malgré un taux stable à 3.5%. Idem pour la question de la croissance démographique et la pénurie de logement qui en découlerait. Il s’agit d’un problème qui touche principalement les régions urbaines, mais celles-ci restent malgré tout contre l’initiative. Au final, les “perdants” de ces votations tirent les leçons de ce 9 février. On leur reproche un manque d’engagement, des campagnes politiques parfois molles, parfois peu soignées, peu efficaces, parfois trop peu de présence médiatique par rapport à celle de l’UDC. La plupart des acteurs politiques à l’heure actuelle sont d’accord : inutile de se renvoyer la balle, le peuple a pris sa décision, il faut maintenant aller de l’avant et gérer cette nouvelle situation, si difficile soit-elle.

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